Cap sur l’industrie du futur ! Dès 2020 à Charbonnières-les-Bains, le Campus Région accueillera une usine de recherche et d’innovations consacrée à des projets ambitieux de transformation des entreprises industrielles. Rencontre avec Thierry de Vanssay, Directeur régional Sud-Est de Siemens – Digital Industries, pour tout savoir du projet GO TO SMART FACTORY.

 « Avec la transformation numérique de l’industrie, il est possible de ramener la production en France ! »

 Quel est votre projet dans le cadre du Campus Région ?

Avec « Go to Smart Factory », notre ambition est de connecter au système de production des logiciels déjà bien connus, pour développer à terme des usines autonomes et, tout de suite, des usines plus flexibles, plus performantes, plus communicantes.

Aujourd’hui avec les nouvelles technologies, le champ des possibles est démultiplié. Mais tout évolue en permanence : même si nous sommes un grand groupe, nous ne pouvons pas avancer seuls vers l’industrie du futur.

Justement, « Go to Smart Factory » a une forte dimension partenariale. Avec qui travaillez-vous pour ce projet ?

Plusieurs entités nous accompagnent dans cette aventure pour former un écosystème solide.

BrainCube, notre chef de file, est un éditeur de solutions logicielles pour la transformation industrielle, qui accompagne les plus grands groupes à travers le monde dans la création de Smart Data.

L’École des Mines de Saint-Étienne, rattachée au Ministère de l’Industrie, compte près de 2.000 étudiants dans des domaines d’excellence tels que le génie industriel, l’énergie et les procédés, les matériaux, l’environnement, la microélectronique ou encore la santé.

Fealinx est prestataire de service et de conseil dans la mise en œuvre des systèmes d’information dans l’entreprise et dans la conception de nouveaux produits et services.

Le CETIM (Centre technique des industries mécaniques), croise recherche et industrie et se positionne comme le leader du déploiement de la transformation Industrie du Futur dans les PME/PMI industrielles. Membre de l’Alliance pour l’Industrie du Futur, il est l’outil de R&D de près de 6.500 entreprises.

Le groupe Chamatex est un acteur du textile localisé en Ardèche. Sa stratégie de développement est basée sur la qualité de fabrication et sur sa très forte capacité d’innovation.

Enfin, Zebra est une société de conseil en innovation, experte en design, qui accompagne les entreprises dans la conception de produits et services différenciants et adaptés aux évolutions du marché.

Comment l’industrie appréhende-t-elle le numérique et ses enjeux ?

La plupart des entreprises industrielles sont aujourd’hui confuses dans leur façon d’aborder la transformation numérique. Les offres sont multiples, les évolutions nombreuses, tandis que le modèle économique « classique » basé sur un retour rapide sur investissement n’est pas toujours applicable.

Oui, il y a ici une difficulté de mutation ! L’industrie ne peut plus se contenter de répondre à un besoin bien défini. Elle doit aussi se poser les bonnes questions en termes d’évolution et de développement de l’entreprise. Elle devra identifier les technologies qui vont arriver, imaginer la transposition dans son secteur, et travailler avec ses clients sur le bénéfice client… Ensuite seulement, se posera la question de la rentabilité ! La start-up qui réussit réalise parfaitement ce processus qui fait la différence en appliquant ou inventant si besoin un nouveau « business model » dans son métier.

Le digital est la nouvelle révolution industrielle : c’est la 4ème. C’est un contexte compliqué qui demande une transformation profonde. Historiquement, l’industrie s’est développée grâce à des machines automatisées. Chez Siemens, la division Digital Industries est d’ailleurs issue de l’automatisme. Désormais acteur de la digitalisation dans toute l’industrie manufacturière et des procédés qui est notre cœur de métier, nous équipons aussi les tunnels, les remontées mécaniques, les transports… Nous sommes nous-mêmes encore – et toujours – en pleine transformation pour devenir une Entreprise Digitale.

Quelles sont les actions principales de « Go to Smart Factory » ?

Nous proposons d’abord à nos clients une formation courte, pour mieux appréhender le numérique, s’acculturer à ses rythmes et à ses codes spécifiques. Ils se retrouvent ainsi dans de meilleure condition d’assimilation Cela permet de recentrer le dialogue sur le contexte et sur la transformation de l’entreprise, avant même d’identifier comment en faire un business.

« Go to Smart Factory » offre un accompagnement complet aux entreprises afin de les supporter dans leur transformation. Cela passe par de l’innovation frugale, c’est-à-dire que l’on est simple et efficace tout en utilisant le moins de moyens possible. Avec quelques milliers d’euros, chacun peut commencer à diriger sa propre mutation pour renforcer ses positions, croître et recruter.

Notre offre présente des formats et compétences complémentaires : formation, conseil, preuve de concept mais aussi réalisation du produit et développement de nouveaux « business models »… Les industriels se créent un parcours en fonction de leur propre état d’avancement. La force de « Go to Smart Factory » est de s’adapter à son client pour lui proposer les bonnes solutions technologiques. Tel est le challenge de l’industrie du futur !

Pouvez-vous nous donner un exemple de transformation industrielle ayant permis la naissance d’une smart factory ?

Oui, cet exemple existe et il fait partie de notre consortium. Chamatex conçoit des textiles techniques utilisés dans des chaussures de sport : cette production n’existe plus, ou presque, sur le territoire national, car elle demande historiquement beaucoup de main d’œuvre. Mais ce métier est en pleine mutation d’automatisation. Grâce à l’innovation et à la transformation industrielle, on pourrait ramener cette industrie en région ! C’est aussi en optimisant le nombre d’emplois, et en misant sur de nouvelles qualifications techniques, que l’on pourra développer l’industrie en France.

L’enjeu est de créer une usine à la fois très automatisée et c’est bien là notre premier challenge, mais aussi très flexible pour se diversifier presque à l’infini dans ce métier. Nous visons la fabrication d’un produit qui n’était pas prévu au départ, avec une chaîne de production autonome au sens où elle s’adapte avec un minimum d’opérations manuelles au nouveau produit. Le système indique même si besoin les extensions de compétences nécessaires. Elle intègre aussi des postes de travail manuel là où l’homme reste performant dans la production ! Dès lors que l’usine réunit les compétences nécessaires de production (machines, robots et hommes) tout devient réalisable rapidement !

Dès 2021, l’usine-pilote ardéchoise commencera à produire, avec un objectif de 500 000 paires de chaussures par an. A terme, Chamatex souhaite même passer à 2 millions de paires par an en construisant une deuxième usine dans la région.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre le Campus Région à Charbonnières-les-Bains ?

Le Campus Région réunit tous les partenaires de l’écosystème en un seul lieu. Les différents services accueillis à Charbonnières-les-Bains offriront un parcours complet : formation, rénovation des usines, optimisation des procédés, recherche, entreprises, etc.

Les projets pourront avancer vite, en profondeur. Le Campus Région du numérique, c’est une vraie opportunité pour les industriels de fluidifier les parcours, depuis la conception jusqu’à la mise sur le marché.

Zoom sur… Thierry de Vanssay

Siemens Thierry de VanssayThierry de Vanssay est Directeur régional Sud-Est de Siemens.

Leader mondial de la transformation digitale industrielle (fournisseur de solutions jumeaux numériques, cloud, IOT), Siemens emploie près de 1000 personnes en Auvergne-Rhône-Alpes.

Siemens anime aujourd’hui un écosystème dont Braincube est la première PME en France. Siemens a aussi signé un accord de partenariat avec le Cetim. Fealinx est distributeur de Siemens.

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